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A la rencontre de Te mana o te moana

Cette semaine nous sommes allés à la rencontre de  l’association Te mana o te moana.
Si l’association est surtout connue du grand public pour le centre de soins des Tortues marines de Moorea, notre visite nous a permis de nous apercevoir qu’en réalité, c’est beaucoup plus que ça !

En retraçant le chemin parcouru depuis les débuts en 2004, l’association, qui œuvre pour la protection de l’environnement marin en Polynésie française, a multiplié les actions de sensibilisation et d’éducation à travers le Fenua et au-delà de nos frontières.

Te mana o te moana, des chiffres qui donnent le vertige : plus de 400 tortues marines accueillies au centre, 8 tonnes de déchets récoltés à travers plus de 30 ramassages organisés, 6 sentiers et jardins coralliens créés, plus de 60000 enfants sensibilisés, 4 programmes éducatifs élaborés, plus de 20 plateaux de jeux créés, 30 supports pédagogiques élaborés, plus de 300 journées évènementielles célébrées, plus de 40 représentations lors de conférences nationales et internationales, une centaine de rapports de projets réalisés, le  film documentaire Honu Here auto produit, plus de 1500 évènements de ponte de tortue verte, 16 balises satellites posées sur des tortues marines, plus de 900 observations de mammifères marins collectées, plus de 450 tortues recensées en mer, etc.

 

Nous avons rencontré Vie Stabile (au centre sur la photo), la directrice de l’association et une partie de l’équipe de Te mana o te moana.

Éducatrice de formation, Vie est également en charge de la création d’outils pédagogiques et des divers programmes éducatifs. Elle a rejoint l’association en 2005 puis à temps complet à partir de 2010.

 

Moorea-actu : L’association a fêté ses 14 ans d’existence le 23 septembre dernier, peux-tu nous présenter Te mana o te moana ?

Vie Stabile : Nous sommes une association loi 1901 qui existe depuis 14 ans. Pour comprendre la création de l’association, C’est Cécile (Dr Cécile Gaspar), notre présidente et vétérinaire, qui avait été sollicitée par la direction de l’environnement pour accueillir des tortues malades. En sa qualité de vétérinaire, elle a commencé par cette mission, puis a créé l’association en 2004 pour pouvoir conduire de nombreux projet de conservation.

Nous avons un bureau directeur composé d’une présidente, d’un secrétaire et d’un trésorier, et un conseil d’administration composé de 14 personnes dont le célèbre astronaute de l’ESA, Jean-François Clervoy, Philippe Vallette, Francis Vallat et Richard Bailey pour ne citer qu’eux.

Nous avons la chance aussi d’avoir des parrains et ambassadeurs comme Jean-Michel Cousteau, les astronautes Jean-François Clervoy (ESA) et Richard Linnehan (NASA) , Maud Fontenoy ou encore Mehiata Riaria, Miss Tahiti 2013.

A travers nos activités de recherche, de conservation, de communication et d’éducation, nous œuvrons pour la protection de l’environnement marin en Polynésie française et la sensibilisation du public, majoritairement des enfants.
Te mana o te moana a pour objectif la protection de l’environnement marin pour les générations futures au travers de trois domaines d’action: la conservation, l’éducation et la recherche.

Moorea-actu : Une association comme Te mana o te moana, ça se finance comment ?

Vie Stabile : Pour que vous compreniez bien, nous sommes une association loi 1901, nous n’avons pas de financement qui « tombe » régulièrement  chaque année ; nous ne sommes pas financés directement par l’hôtel mais sommes hébergés à titre gracieux dans son enceinte depuis 8 ans, ce qui est un énorme avantage pour nous.

Depuis 2010, on nous a construit ces structures (bureau, salle de soins et salle éducative) pour pouvoir accueillir les scolaires, l’association faisant beaucoup d’éducation. On accueille environs 8 000 enfants par an, nos programmes éducatifs étant agréés par la DGEE (Direction Générale de l’Education et des Enseignements en Polynésie Française)

Ensuite, pour le financement, comme toutes associations, chaque année, on redémarre à zéro, il faut que l’on trouve des financements pour assurer la vie de l’association et conduire les projets qui nous tiennent à cœur. Ce qui se voit le plus, c’est le centre de soins, c’est ce qui va être le plus onéreux en fonctionnement direct hormis les salaires mais nous avons toujours réussi à conserver deux salariés depuis 14 ans, même si on est jamais sur que cela puisse rester ; ensuite nous collaborons avec des patentés pour les projets éducatifs et ceux de recherche-conservation.

Nous avons beaucoup de bénévoles qui nous aident et majoritairement, les financements que l’on reçoit vont venir de l’étranger. Généralement, ce sont des fondations, des grosses structures qui, te soutiennent pour un projet annuel, ce n’est pas pérennisé sur du long terme.

Donc nous sommes sans cesse à la recherche de nouveaux financements pour conduire nos projets et  si l’on fait un bilan, nous avons eu depuis 2004 plus de 300 partenaires mais ils ne sont pas acquis pour toujours. Par exemple, en ce qui concerne le centre de soins des tortues marines, nous avons été soutenus financièrement par la Direction de l’Environnement en Polynésie française, durant les deux premières années d’existence du centre ; depuis, il a sans cesse fallu chercher des soutiens pour subvenir au bien-être des tortues en soins (achat de la nourriture, entretien des bassins, médicaments, etc) sachant que nous avons la chance d’avoir comme vétérinaire notre Présidente. Depuis deux ans maintenant,  nous avons le privilège d’être soutenus par la marque Vilebrequin qui nous reverse une partie de ses ventes de maillots « collection Moana » et qui nous permet une visibilité pérenne sur le centre.

 

 

Moorea-Actu : Le fait d’avoir des coups de projecteur comme la venue de l’équipe du zoo de la flèche, qui a tourné une saison a Tahiti,  (avec une audience directe de prés de 400 000 personnes devant la télé), ça fait du bien à l’association, ou c’est comme un goutte d’eau dans l’océan pacifique ?

Vie Stabile : Ça a été un plus concernant le tourisme en général. Nous avons eu plus de 30 personnes cette année, venues à Moorea uniquement pour voir nos tortues ou rencontrer notre équipe ; l’émission a eu un impact direct sur l’importance de conserver nos ressources marines. Nous avons reçu de nombreuses demandes de stage et de bénévolat également.

 

 

Cette tortue borgne a été récupérée à la sortie du nid ; Franck s’était fait manger l’œil par un crabe et avait perdu presque la moitié du cerveau. L’association l’a récupéré sans grand espoir mais il a survécu !

 

 

Moorea-Actu : Finalement, la sensibilisation du public, ce n’est pas la partie la plus compliquée de votre activité en tant qu’association qui milite pour la conservation et la protection de l’environnement marin ? 

Vie Stabile : C’est la plus facile aujourd’hui!  Il y a 15 ans, il n’était pas facile de parler d’environnement.

Il faut se dire que les poubelles par exemple, ça a un peu plus de 10 ans ! Quand tu abordais la thématique environnementale des poubelles, peu de monde triait car avant tout était naturel, donc brûlé … La tortue était un sujet tabou, avec un aspect culturel très fort !

La sensibilisation à l’environnement s’est nettement développée ces huit dernières années, les messages répétitifs de toutes les associations portent leurs fruits aujourd’hui. Les jeunes générations aujourd’hui ont conscience que les déchets plastiques tuent les tortues marines et qu’elles sont en voie de disparition.

Après, concernant l’aspect culturel, nous n’avons pas pour rôle de faire la police; nous sommes là pour expliquer que si nous ne protégeons pas les tortues marines en Polynésie française aujourd’hui, les enfants de nos enfants, n’en verront plus demain car elles auront disparu. Je parle des tortues mais c’est pareil pour les autres animaux de l’océan, chaque animal a son rôle et sa place ; comme sur terre il y a des docteurs, des dentistes, des jardiniers, des éboueurs, et si l’un d’eux disparaît, c’est tout l’équilibre de l’écosystème qui est menacé.

Notre mission est aussi de faire le lien entre la science, la nature, et la culture, car nous sommes convaincus de pouvoir ainsi, faire avancer les choses ! C’est pourquoi nous avons mis en place le projet « Hei moana, les sentinelles de l’océan », qui concerne l’implication du tout public dans les sciences participatives et la formation des désireux à la collecte d’informations sur les tortues marines et les récifs coralliens.

 

 

Moorea-Actu : En parlant science, j’ai pu lire que ponctuellement, l’association effectuait également des études et recherches.

Vie Stabile : Exactement. Le centre de soins est autorisé par arrêté ministériel de la Direction de l’Environnement en Polynésie française, ce qui nous permet d’accueillir des tortues malades ou blessées, les soigner et les relâcher en plein océan dès que leur état de santé le permet. Nous avons conduit des programmes de recherche de recensement des populations en mer, autour de Moorea et conduisons depuis plus de 10 ans des suivis de sites de ponte de tortues vertes (de octobre à avril) majoritairement sur l’atoll de Tetiaroa et sous accord de la DIREN (Direction de l’Environnement). Nous coordonnons également le réseau Reef Check Polynésie, un programme international de recensement des récifs coralliens à travers l’implication des populations dans les sciences participatives.

Nous développons depuis deux ans le  programme de « Photo identification TORSOII », initié par Ifremer et Kelonia à la Réunion, et qui permet d’identifier les tortues sans  aucune manipulation. En effet, chez les tortues marines, le profil est unique pour chaque individu, comme nos empreintes digitales.  Grâce à un profil que l’on saura identifier, on va pouvoir connaitre ses déplacements! Le repérage des traces de tortues marines dans le sable, c’est pareil, c’est important de connaître les sites de pontes de tortues. Enfin, un autre programme que nous avons conduit concerne la pose de 12 balises satellites sur des tortues afin de suivre leurs déplacements et de mieux comprendre leur répartition et leur migration.


Tortilla, la plus ancienne pensionnaire du centre de soins pour  tortues marines. Agée d’une soixantaine d’années, cette tortue imbriquée est notre mascotte car en soins depuis plus de 14 ans ! Elle a un gros problème de flottabilité, dû sans doute à un choc avec un bateau ou une morsure de requin ; ceci ayant entraîné le développement d’une poche de gaz interne, Tortilla est inopérable et c’est l’une des deux pensionnaires qui restera se faire chouchouter par l’équipe jusqu’à la fin de sa vie.

Moorea-Actu : Tu peux nous parler des activités éducatives et des projets pédagogiques de l’association ?

Vie Stabile : Le fait d’avoir notre salle éducative à disposition avec tous nos outils éducatifs est un réel atout. Avant d’avoir ce bâtiment, nous faisions nos projets scolaires d’éducation dans la salle de conférence de l’hôtel qui a toujours accepté l’accueil de scolaires en son sein ; mais cela ne nous permettait pas d’exposer nos travaux, ni d’avoir notre propre coin pédagogique à nous ! Grâce à leur soutien, nous avons désormais le plaisir de faire découvrir tout un panel de productions d’élèves réalisés dans le cadre de projets pédagogiques conduits. En ce qui concerne nos supports éducatifs, nous essayons au maximum de les créer en trois langues, Français, Anglais et Tahitien, ce qui permet de sensibiliser plus facilement certains professeurs à la thématique du développement durable. Tout est disponible en téléchargement gratuit sur notre site.

Nous avons créé une cinquantaine de jeux pédagogiques, tous adaptés au niveau scolaire des enfants que nous recevons et agréés par l’Education (DGEE).  Ce sont de formidables outils pour les professeurs et les élèves.
Nous avons commercialisé un jeu ludique et éducatif à la fois, « l’Ilécolo »,  que nous vendons également pour financer nos actions d’éducation.
Nous avons multiplié les projets éducatifs ces dernières années, nous faisons aussi des petits livrets informatifs à destination des scolaires ou des prestataires d’activités diffusés gratuitement pour mieux faire comprendre la nature qui nous entoure.

Notre devise : Apprendre pour mieux comprendre, comprendre pour mieux protéger, Haapi’i no te paruru
Notre dernier grand projet, Hei Moana, les sentinelles de l’océan, représente bien ce lien que nous souhaitions créer entre science, nature et culture.

 

Le Réseau Hei Moana, les sentinelles de l’océan.

 

HEI MOANA (la couronne, le filet de l’océan) est un projet regroupant différentes initiatives de sciences participatives liées au milieu marin ; il vise l’éducation, la sensibilisation, l’implication du grand public dans l’observation et la protection des espèces et écosystèmes marins menacés en Polynésie française à travers des séances de formations et des outils adaptés.
Il s’agit du premier réseau polynésien de sciences participatives structuré et dédié au milieu marin !
Ce projet, initié début 2017, a été financé par le fond BEST 2.0 (Programme volontaire pour la Biodiversité, les Écosystèmes et les Services éco-systémiques dans les Territoires d’outre-mer européens), financé par l’Union Européenne et coordonné par l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature).

 

 

L’association étant au cœur de l’hôtel Intercontinental de Moorea, la sensibilisation des visiteurs pour un tourisme durable constitue une des nombreuses actions de sensibilisation de Te mana o te moana. C’est pourquoi ils proposent tous les jours en semaines des présentations gratuites durant lesquelles ils expliquent l’importance de protéger les ressources marines polynésiennes comme les tortues marines et présentent leurs pensionnaires (aucun contact avec les animaux). Nombreux sont les touristes qui jouent le jeu et apportent leurs contributions pour la collecte de photos durant leurs séjours inter-îles.

 

 

Nous ne pouvions pas finir notre reportage sans vous montrer le film documentaire auto-produit par l’association en 2012, « Honu Here, protégeons le sacré »
Ce petit film présente et explique les efforts en matière d’éducation de conservation et de recherche sur les tortues marines mis en place par te mana o te moana en Polynésie française depuis 2004.

 


Si vous êtes sensibles à l’action menée quotidiennement par Te mana o te moana, vous pouvez soutenir cette association en achetant par exemple le jeu « Ilécolo », jeu de société pour les enfants de 5 à 77 ans ! 

 

 

 

 

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