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A la rencontre de L’Espace Loisirs Kultur.

Cette semaine nous avons rendu visite à Brenda et Adélina de l’Espace Loisirs Kultur.
Elles avaient réalisé en 2015 la comédie musicale Na Maehaa Fero o te Hau, une comédie musicale entièrement en REO Tahiti.

Situé à Papetoai, au PK 23, cette association dont le thème central, vous l’aurez compris est la culture polynésienne, est en passe de concrétiser l’ouverture du village TARAVA, lieu de rencontre des artistes et artisans Polynésiens.
Que vous soyez visiteurs ou habitants de Moorea, une visite s’impose. Ici, on cultive de l’authentique !

L’espace Loisirs Kultur, au travers de TUPUNA KULTUR et HINEMANEA, propose des ateliers afin d’initier les visiteurs, mais aussi les résidents aux techniques des savoirs polynésiens. Cela peut se faire sous la forme d’une semaine d’initiation en immersion ou des formations plus courtes. Tupuna Kultur s’appuie sur la richesse du savoir des anciens qu’il faut préserver et surtout transmettre. Un projet récompensé avec le prix coup de cœur décerné par l’assemblée de la Polynésie Française.

En arrivant sur les lieux, la maison ou Brenda et Adélina nous reçoivent respire le « Mana »
Une atmosphère de paix et de tranquillité se dégage de ce lieu.

 

Adélina expose et explique avec passion quelques réalisations des artisans

 

Moorea Actu : L’Espace Loisirs Kultur à Moorea, c’est quoi, comment fonctionne votre association, quelle est son but ?

Brenda : Pour expliquer dans un premier temps le rôle de chacun dans cette association, nous réalisons Adélina et moi un partenariat entre TUPUNA KULTUR que je représente et HINEMANEA.
TUPUNA KULTUR est un concept culturel et humain qui a pour objectif d’inviter les aînés à transmettre les connaissances historiques,  culturelles et artisanales du Fenua aux nouvelles générations d’ici et d’ailleurs pour aujourd’hui et demain. TUPUNA KULTUR organise des ateliers et formations culturelles pour toutes les personnes désireuses de connaitre davantage sur l’histoire et la population de Polynésie.
La plupart du temps, ce sont des personnes qui viennent de l’étranger en formation culturelle, une semaine complète en immersion. Cet apprentissage comporte la confection de More, de pandanus, tout ce qui touche à la nature, la danse, le REO Tahiti, la percussion etc..

Moorea Actu : De quel pays proviennent vos visiteurs ?

Brenda : De Chicago, Los Angeles, d’Australie, d’un peu partout !
En principe, c’est le travail accompli par Adélina au travers d’HINEMANEA, qui va au-delà des frontières. Elle expose ce que fait TUPUNA KULTUR à l’étranger, lors de séminaires, de manifestations .
A l’issus de cela, des groupes se forment et sont désireuses de venir à Moorea pour apprendre.
Nous avons reçu il y a peu un groupe de 34 personnes en immersion une semaine. Un autre est prévu en Novembre.

Moorea Actu : 34 personnes à gérer pendant une semaine, ça se présente comment la logistique sur Moorea?

Brenda : Et bien pour tout vous dire, l’idée première n’était pas de prendre un espace de travail comme ici, on ne voulait pas se charger avec un loyer, des charges supplémentaires.
Si vous regardez sur notre site, vous verrez un reportage de Polynésie Première ou l’on nous montre en activité de formation avec le personnel de Tahiti Tourisme. Nous présentions ce jour une des prestations de TUPUNA KULTUR. On souhaitait initialement faire ELK à Papeete.
Afin d’accueillir nos pensionnaires et nos formations, il fallait que les pensions de Papeete jouent le jeu avec nous et apportent un espace pour travailler mais ils n’ont pas « mordu » au projet.
Il nous fallait donc un endroit pour pouvoir enseigner et vu que la plupart des demandes étaient sur Moorea, ELK à posé ses valises ici ! L’enseignement se fait donc ici et les pensions de Moorea accueillent nos pensionnaires pour la nuit.

Un espace de travail adaptable et fonctionnel

 

Moorea Actu : Pourquoi avoir fait une nouvelle association (ELK) entre TUPUNA et Hinemanea finalement ?

Brenda :  On pouvait toujours continuer sous TUPUNA et HINEMANEA mais lorsque nous préparions des activités ou des manifestations, on nous demandais toujours un nom d’association. Donc nous avons créé ELK, et c’est bien finalement car elle profite désormais aux locaux.
Ils peuvent bénéficier de nos échanges culturels, de nos levées de fonds et toutes les activités que nous faisons au travers de l’association. Une des raisons aussi de la création du village Tarava, les artisans locaux bénéficient d’un lieu ou pouvoir exposer.

Adélina :  Nous avons un objectifs bien précis, c’est de remettre en avant certaines valeurs. Lorsque j’entends que la première ressource économique de la Polynésie est le tourisme, quand je vois ces centaines de visiteurs qui descendent des paquebots pour découvrir notre pays, ce n’est pas uniquement faire le tour de l’île dans un bus avec un guide !
Je pense qu’en tant que visiteur, je ne vais pas à l’étranger pour faire le tour du pays dans un bus ! Je veux voir les habitants, je veux voir, toucher, goûter, vivre le pays. Boire un jus de coco dans un bus, ce n’est pas vraiment avoir goûte la culture polynésienne !
C’est la que nous voulions intervenir en tant qu’association et apporter notre expérience. Je ne souhaite pas faire une critique de ce qui est fait aujourd’hui mais faire prendre conscience que c’est nous, les Polynésiens, qui nous laissons aller !
Certes il y a l’argent que rapportent les activités, le travail des artisans mais il faut que nous montrions ce qu’est la vraie nature du Polynésien, chose que nous avons parfois oublié ou négligé.

Moorea Actu : La nature du Polynésien, c’est quoi ?

Adélina : Le Polynésien, c’est quelqu’un d’ouvert, de curieux et qui sait accueillir ! Chose qui se voit que trop rarement aujourd’hui, cela me rend malheureuse, triste et parfois même en colère !
Notre pays est rempli de techniciens, d’artisans avec un savoir faire magnifique et unique, et ils n’ont plus le relationnel que les Tupuna pouvaient avoir. « Tu achètes ? Tu achètes pas, c’est pas grave, j’attends le prochain paquebot… »

C’est la que nous intervenons, faire ressortir ce qui est au fond d’eux. On n’intervient pas pour leur apprendre à travailler, mais comment valoriser leur art ! Par exemple tu fabriques un More magnifique et tu le vends 1500 francs. On te dit que c’est trop cher ! Si tu expliques tout le procédé de fabrication pour obtenir le produit fini, la donne change, tu ne vends plus le même article, tu vends quelque chose qui a une histoire, et ce n’est plus un article mais un chef-d’œuvre artistique unique. Et un chef-d’œuvre à 1500 francs, c’est peu cher finalement.

J’interviens également dans d’autres domaines, la danse bien sur, mais aussi la langue, l’histoire, le toucher envers la nature tout en la préservant. On assiste à une réelle prise de conscience et on s’aperçoit de la valeur de ce que l’on fait.

Moorea Actu : Les artisans dont vous nous parlez exposent ici ?

Adélina : Nous sommes arrivés sur Moorea depuis le début de cette année, nous voulions construire des Fare Pote, mais nous avons eu le projet un peu fou qui nous a pris beaucoup de temps, le Heiva ! Nous étions à la tête de la troupe de Moorea, et maintenant que le Heiva est terminé, nous pouvons nous consacrer au village et à l’association.

Brenda :  Au niveau de l’association nous avons commencé des projets de levée de fonds, dont les marchés au puces qui auront lieu une fois par mois, des organisation de spectacles sur la scène que nous avons construit, scène qui servira également pour nos formations. Ce sera le lieu de validation de la semaine de formation. Dans le village, il y a actuellement une quarantaine d’artisans mais il y a encore de l’espace pour d’autre. Nous privilégions aujourd’hui ceux qui ne sont pas déjà en place, ceux qui sont encore à découvrir.

Adélina : Attention, l’objectif de ce lieu n’est pas uniquement de vendre ! Comme vous avez pu le voir, nous avons loué cet espace pour en faire un lieu de travail. Les personnes qui viennent exposer sont formées pour exposer, expliquer et retracer l’histoire de leurs travaux, pas un centre commercial artisanal ! Un véritable village animé, voila ce que nous souhaitons pour ce lieu, que tout ce qui se trouve ici ai une âme, une histoire ! Un peu comme un musée vivant ! C’est un concept nouveau aujourd’hui, on veut faire du vrai, de l’authentique. On veut être un lieu de connaissance, c’est ça notre travail ici.

Moorea Actu : Le problème ne vient pas du monde moderne qui est en décalage, avec l’argent avant tout, la technologie ?

Brenda : Sans doute oui, c’est un aspect du problème. Certains jeunes ont délaissé leur propre culture mais pas uniquement.  Par exemple, pour les débuts de Tupuna Kultur, on a voulu se référer aux bons mots, aux bons gestes des Tupuna (ancêtres) donc nous sommes allées vers les anciens. Nous avons rencontré une grande difficulté, les Tupuna ne voulaient plus partager, plus transmettre. Ils regrettaient le fait que leur culture soit devenue un business. Ça a demandé beaucoup d’efforts et de discussions avec eux.

Adélina : Nous allons rester sur les rails malgré les obstacles que nous avons pu rencontrer et le manque de soutien. Et puis, ce que nous faisons ici, c’est un véritable plaisir, on ne considère pas ça comme du travail, c’est de la passion !

 

 

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